Hélène Louvart et Sarah Blum, AFC parlent de « Palestine 36 »

Le film retrace la période de la Palestine entre 1936 et 1938, sous occupation britannique, et comment les villages se soulèvent contre cette domination anglaise, avec l’arrivée croissante d’immigrants juifs. Le film retrace donc la période où l’affrontement entre les parties devient de plus en plus présente et où le pouvoir politique essaie de minimiser l’importance économique et territoriale de la Palestine.

Hélène :
Et tout a commencé normalement à la fin de l’été 2023. Une préparation intense mais bien menée avec Annemarie avec qui j’avais déjà collaboré : des repérages à Bethléem, à Jaffa, à Jérusalem et dans un village en Cisjordanie, et la constitution de l’équipe palestinienne, française et anglaise.
Tout allait bien.
Et le 7 octobre 2023 est arrivé, en plein repérage. Cela a été un choc, à quatre jours de commencer le tournage. Nous pensions que nous allions être en stand-by seulement quelques jours, en espérant que tout allait redevenir normal.
Comme chacun le sait, cet arrêt temporaire a duré des semaines, voire des mois.
Et il a fallu « reconstruire, repenser » entièrement le film complètement différemment et surtout… ailleurs.
La Jordanie a été envisagée comme nouveau lieu principal de tournage, en passant par la Crête, Chypre ou pourquoi pas la Grèce. Et nous devions attendre, attendre.
Je n’étais donc plus disponible pour reprendre la préparation et le tournage aux côtés d’Annemarie, malgré notre amitié.
Jeanne Lapoirie, AFC, est venue tourner les séquences de train en Jordanie, et Sarah Blum a repris la préparation et le tournage au printemps 2024.

Sarah :
Quand j’arrive sur le projet, le tournage est donc relocalisé en Jordanie et doit durer huit semaines.
Le village Al Basma, au cœur du scénario, est reconstruit une deuxième fois par les équipes du chef décorateur Nael Kanj. Les autres décors sont trouvés autour et dans la capitale Amman.
Je rencontre Annemarie Jacir et son producteur Ossama Bawardi dans la plus grande urgence par zoom. Je suis touchée par la force du scénario, le cinéma d’Annemarie et la nécessité du couple de mener ce projet jusqu’au bout. Le défi semble fou mais j’ai envie de saisir cette chance. Je n’ai que quatre semaines pour préparer le tournage.
Les journées sont denses, le rythme effréné.
La liste caméra comporte deux Alexa 35 pour un tournage en bicaméra. Je choisis de les associer à une série Cooke S3. Son look vintage allait avec un film d’époque, sa douceur nous épargnerait de filtrer, les flares bruts résonnaient avec la vie du village et l’ergonomie ramassée était parfaite pour les nombreuses séquences prévues à l’épaule. Je rajoute quelques optiques Cooke S4 pour assurer la couverture de l’open gate, ainsi que deux plus longues focales, et je garde deux zooms Angénieux 27-76 mm (pour le bicaméra) déjà utilisés par Jeanne Lapoirie dans le premier tournage pour les scènes de foule.
On crée des LUTs avec Yannig Willmann. Il nous faut trouver un look qui fasse émerger le souvenir de la pellicule tout en étant contemporain.
Le tournage à plusieurs cadreurs demande à créer une harmonie des cadres. Ensemble avec Mathieu Verdier, l’opérateur Steadicam, nous créons une « bible des cadrages ». Ce document sera transmis à tous les cadreurs par la suite.


Je fabrique une charte visuelle qui précise quelques grandes lignes : donner un sens à l’usage des couleurs (en collaboration avec les départements Déco et Costumes), décrire les ambiances lumière et comment s’opposent visuellement les différents univers. Le siège du pouvoir britannique devait
être marqué par la couleur rouge, la maison bourgeoise Atef devait devenir un univers brillant et coloré, le village quant à lui serait mat, dans les tons ocres, verts et marrons. Les lumières des extérieurs village et campagne pouvaient être éblouissantes, écrasantes ou saisies aux heures magiques. Dans les intérieurs, on allait laisser vivre les clairs-obscurs et jouer des silhouettes à contre-jour.
Avec Annemarie nous réussissons à découper une grande partie des séquences en amont et nous faisons « story-boarder » toutes celles en présence de VFX, SFX, cascadeur ou armurier.


“It takes a village to make a movie”, cette expression avait tout son sens sur ce film. Nous sommes très nombreux sur le plateau de tournage. Rien que mon équipe image compte dix-sept techniciens, principalement jordaniens et d’un soutien remarquable.
Les journées de tournage sont longues et les semaines aussi. Un désistement d’acteur de dernière minute et des aléas liés à la guerre dans la vraie vie en Cisjordanie finissent par prolonger notre calendrier de tournage.
Pour maintenir le plan de travail au plus restreint, certains enchaînements de séquences et de blocs sont programmés de manière si serrés qu’on doit doubler l’équipe image. C’est
ainsi qu’Ossama et Annemarie ont eu l’idée de refaire appel à Hélène, qui avait un volet de disponibilité à nous consacrer.

Hélène :
Je suis venue rejoindre l’équipe pendant 3 semaines, pour épauler Sarah dans des pré-lights et pour tourner certaines scènes.
Puis Sarah a continué avec Tim Fleming et Tim a finalement terminé le tournage.
Et puis un cinquième opérateur, Leandro Monti, est venu en septembre 2024 tourner les séquences du port de Jaffa reconstitué à Haïfa…
A la demande d’Annemarie, je me suis occupée de l’étalonnage, ma mission étant d’assurer une cohérence visuelle malgré nos cinq présences à l’image…
Je tiens à remercier chaleureusement toutes les personnes qui ont cru, continué à croire au projet, incluant les techniciens et les différents producteurs tout au long de cette longue période.

Hélène et Sarah :
Et un spécial BRAVO à Annemarie qui a réussi à « tenir bon » malgré l’insécurité politique ambiante, et on peut dire que son film ambitieux est très réussi.

Hélène Louvart, AFC, et Sarah Blum, AFC

Retrouver la page du site de l’AFC : https://www.afcinema.com/Palestine-36.html